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Qui seront les candidats à l’élection présidentielle ?

Publié le par Etienne CRIQUI, professeur de science politique à l'Université de Lorraine

Publié le 1er février 2017

A 80 jours environ du premier tour de l’élection présidentielle, il semble difficile de dresser une liste exhaustive de l’ensemble des candidats qui solliciteront le suffrage des français le dimanche 23 avril.

Comme à chaque élection présidentielle le nombre de postulants déclarés (pas loin d’une centaine) est impressionnant. Dans cette liste les candidats des grandes formations politiques côtoient ceux des petits partis, mais aussi des élus et anciens élus en rupture de ban (comme Michèle Alliot-Marie, Henri Guaino, Rama Yade…), des représentants de la société civile et même d’illustres inconnus.

Comme d’habitude aussi, ils seront bien moins nombreux le lundi 20 mars lorsque le Conseil constitutionnel proclamera la liste officielle des candidats. Ainsi en 2012 seuls 10 candidats avaient recueilli les 500 parrainages d’élus nécessaires pour être déclaré candidat à l’élection présidentielle.

La question posée est de savoir s’ils ne seront pas encore moins nombreux en 2017, compte tenu des modifications introduites par la loi organique de modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle du 25 avril 2016.

Cette loi introduit, concernant les parrainages, trois modifications susceptibles d’empêcher, non seulement les candidatures individuelles ou fantaisistes, mais peut-être aussi celles émanant de petites formations politiques, comme par exemple Nathalie Arthaud (LO), Philippe Poutou (NPA), Jacques Cheminade (POE), voire Nicolas Dupont-Aignan (DLF) ou Yannick Jadot (EELV).

  1. Les élus (47413 parrains potentiels) sont désormais tenus de faire parvenir eux-mêmes par la poste au Conseil constitutionnel le formulaire de parrainage qui leur sera adressé le 23 février et qui devra être retourné au Conseil au plus tard le 17 mars à 18h. Or jusqu’à présent ces formulaires étaient généralement déposés au Conseil par les candidats ou leurs mandataires. Solliciter, quasiment par porte à porte, les maires pour leur faire signer un formulaire de parrainage n’était pas chose aisée pour les candidats en marge des grands partis. Mais de guerre lasse parfois certains signaient, pour avoir la paix en quelque sorte !...

Aujourd’hui foin de tout cela. Les candidats ou leurs représentants ne peuvent obtenir des élus que des promesses de signature qui n’ont aucun caractère officiel et qui ne les engagent pas. Combien de maires hésiteront le jour venu, dans le secret de leur bureau, à donner leur signature à un petit candidat et ce sans oublier d’envoyer le parrainage dans les délais, soit moins de trois semaines ? Beaucoup probablement, compte tenu aussi des modifications introduites quant à la publicité des parrainages.

 

  1. Dorénavant les parrainages seront rendus publics par le Conseil constitutionnel en temps réel deux fois par semaine (les mardis et jeudis) sur son site internet. Un élu verra donc son nom et son parrainage mis sur la place publique immédiatement, ce qui n’incitera pas à signer ceux qui auraient souhaité plus de discrétion quant à leur engagement. Jusqu’à présent les parrainages n’étaient publiés globalement qu’une seule fois et environ trois semaines après la publication de la liste officielle des candidats.

 

  1. Enfin cette publicité des parrainages était jusqu’à présent non seulement tardive, mais aussi partielle ; la loi précisant que le Conseil constitutionnel ne rendait publiques que 500 signatures par candidat et ce, le cas échéant, après tirage au sort. Avec la loi organique du 25 avril 2016, ce sont tous les parrainages qui seront publiés et de fait même deux fois ! Une première fois en temps réel, presque au jour le jour, entre le 28 février et le 18 mars et une seconde fois sous la forme d’une liste récapitulative au moins huit jours avant le premier tour. Autant dire que plus aucun élu ne pourra espérer garder confidentiel son parrainage.

 

Il est encore un peu trop tôt pour mesurer les conséquences sur l’offre politique de la réforme d’avril 2016, mais elle introduit incontestablement des contraintes supplémentaires pour les candidats des petites formations politiques dont le réservoir d’élus est faible.

Etienne CRIQUI

Professeur de Science politique à l’Université de Lorraine